A propos de la loi sur les armes:
un sursis jusqu'au 30 juin 2007 

 

Rarement sans doute une loi comme celle du 8 juin de cette année, "réglant des activités économiques et individuelles avec des armes", comme l'a conçue et fait appliquer en urgence Mme L.Onkelinx, Vice-Première Ministre et Ministre de la Justice, n'aura suscité autant de désarroi ou de colère, au moins un vif sentiment d'injustice. Il faut sans doute remonter à la fusion des Communes, voire à la célèbre "loi Gutt" qui, après 1945, sanctionna sévèrement"les bénéfices de guerre" en changeant tout simplement les billets en cours, pour constater une telle révolte unanime, voire une volonté de se mettre délibérément hors la loi. Pour preuve la cinquantaine de personnes qui par tout moyen de communication ont fait appel au service d'aide de l'Amicale qui s'efforça de répondre tranquillement à chacun. Précisons d'abord que toutes dispositions prévues par la loi et publiées au Moniteur Belge du 9 juin, bénéficient depuis le 28 novembre pour leur exécution d'un délai supplémentaire jusqu'au 30 juin 2007. Il était temps en fait. Les Gouvernements Provinciaux, sollicités comme ils ne l'avaient jamais été et qui n'ont bénéficié d'aucun personnel supplémentaire, doivent faire face à des centaines de demandes d'autorisation. Quant aux Services de Police, surtout dans les petites entités, mal documentés, mal informés, parfois peu habitués à identifier une arme et à la classer, débordés, ils ont fait preuve le plus souvent d'une compréhension et d'une patience méritoires. Mais des abus furent constatés déjà, certains, sans doute soucieux de ne prendre aucun risque, confisquant toutes les armes présentées ou exigeant qu'elles soient toutes rendues "inaptes au tir" (par le Banc d'Epreuves de Liège, pour la coquette somme de 80 € chacune!).

Le sujet donc nous concerne tous, chasseurs ou non. Il importe d'abord de dire clairement les choses sans contraindre chacun à la lecture difficile d'une loi  dont la rédaction fut manifestement bâclée. Il importe aussi de dire, sans entrer dans des considérations juridiques très techniques, que de multiples recours ont été introduits auprès de la Cour d'arbitrage par des particuliers ou des associations. Plusieurs ont échoué, mais un au moins a été retenu, celui introduit par l'UNACT (Union Nationale de l'Armurerie, de la Chasse et du Tir), dont l'Amicale est membre. Grâce à des avocats particulièrement compétents en droit constitutionnel, l'UNACT a obtenu que l'article 48, al.2 de la loi du 8 juin soit déclaré en contradiction avec la Constitution belge. Cet article 48 précise dans ses dispositions finales:   "Les agréments, autorisations et permis délivrés en vertu de la loi visée à l'article 47 [celui-ci déclarait abroger la loi de 1933 modifiée de nombreuses fois de 1991 à 2000, sauf certains articles à abroger par délibéré en Conseil des Ministres] restent valables pendant 5 ans à dater de leur délivrance ou de la dernière modification pour laquelle des droits et redevances ont été perçus et à condition qu'ils ne soient pas en contradiction avec la présente loi." Privée d'un article important de ses dispositions finales, la loi en devient boiteuse. Mais laissons là les considérations juridiques. Outre l'UNACT (grâce lui soit rendue), des associations comme la Ligue des Amateurs d'armes (LAA), ou surtout la Défense active des Amateurs d'armes (DAAA) harcèlent littéralement les Ministères et les Tribunaux compétents pour qu'il soit mis fin à une injustice flagrante et à la violation du droit à la propriété. Des parlementaires même se sont émus. Etaient-ils distraits quand ils ont voté la loi du 8 juin? A moins que l'absentéisme parlementaire bien connu…

Une proposition de loi "modifiant la loi du 8 juin 2006…" a été déposée le 24 octobre par MM.P.Monfils, F.-X.de Donnea, D.Ducarme et Mme J.Galant. Sans entrer dans des détails qui seraient trop longs, cette proposition veut introduire des assouplissements, entre autres: - possibilité de garder certaines armes reçues par succession, sans devoir être titulaire d'un permis de chasse; - amélioration de la sécurité juridique pour ceux qui possédaient une arme avant l'entrée en vigueur de la loi et souhaitent la garder; - possibilité pour certains anciens chasseurs de garder leur arme. De telles propositions sont la sagesse même, d'ailleurs minimale. Nul ne sait quand elle sera examinée par la Chambre des Représentants; Mais ne soyons pas trop optimistes: Mme Onkelinx défendra bec et ongles "sa" loi censée résoudre tous les problèmes de délinquance et de violence à l'aide d'armes à feu. Faut-il redire encore une fois que l'enregistrement de toutes les armes ne concernera jamais que des citoyens paisibles précisément respectueux des lois depuis toujours? Que les vrais délinquants (y compris les bandes organisées de braconniers) trouveront toujours la Kalashnikov, la carabine de précision ou la lunette prohibée de vision nocturne du marché parallèle? Que l'application de la loi du 8 juin met déjà terriblement en difficulté d'honnêtes armuriers qui se désespèrent, que l'Ecole de Liège dont la réputation est internationale risque de disparaître? Que nos beaux Musées d'armes (Liège, Tournai…) deviennent suspects? Qu'une loi "à la belge" qui n'est pas le fait des autres pays d'Europe est risible? Qu'il est scandaleux de décréter: "Déclarez d'abord, pour les taxes on verra plus tard" (de 45 à 150 € selon certaines rumeurs assez incontrôlables)? Que certains s'efforcent déjà d'acquérir à vil prix auprès de propriétaires désemparés des armes de grande valeur, surtout, comme par hasard, si elles n'avaient fait l'objet d'aucune déclaration antérieure?

Nous sommes tous témoins chaque jour de ce désastre, de cette injustice et de cette ruine d'un patrimoine national connu dans le monde entier. On songerait presque à ces paroles célèbres de la "Marseillaise": "Aux armes citoyens, levons nos bataillons, qu'un sang impur abreuve nos sillons…" Mais non évidemment, nous n'irons pas jusque là!

Pour aider au mieux chacun, prenons les choses, non pas dans l'ordre de la loi distinguant une par une les catégories d'armes, mais plutôt dans celui des titulaires ou non d'un permis de chasse (de quelque région qu'il s'agisse puisqu'il s'agit d'une loi fédérale). C'est ce qui nous paraît le plus immédiatement utile.

  1. Les détenteurs d'un permis de chasse en cours de validité

1.a. Pour leurs armes de chasse au sens le plus large du terme:fusils à canons lisses ou rayés, armes semi-automatiques à magasin réduit, même les carabines .22 à verrou auparavant soumises à une autorisation modèle 4, armes mixtes, y compris celles comportant un canon de calibre .22, armes rayées civiles dans un calibre non classé comme "calibre de guerre" (.30-06 Springfield, .308 Winchester, .223 Remington, 8 x 57 etc…) et pour autant que ces armes longues ne puissent être considérées comme prohibées (canon scié, crosse ou canon démontable en plusieurs tronçons, fusil pliant de calibre supérieur à 20, longueur totale inférieure à 100 cm, arme susceptible de tirer en rafale ou munie d'un silencieux, d'une lunette de visée nocturne.etc…):

déclaration obligatoire auprès des services de Police comportant:

une description de l'arme: type (par exemple à un, ou à deux coups, ou semi-automatique); calibre (12/70, 20/75, 9,3 x 74 R etc…); Fabricant ("FN, Beretta etc… voire "artisanat liégeois" ou "non identifié" s'il n'y a pas d'identification possible); numéro d'immatriculation (on le trouve en général sur le plat des canons et sur la bascule); canon(s) et leur longueur mesurée de l'âme à la bouche (deux juxtaposés, deux superposés, un rayé etc…).; batterie (Anson, à platines, système Darne etc…); type de crosse (anglaise, 1/2 pistolet, pistolet, à joue, à dos de cochon etc…); particularités (par exemple initiales gravées, gravure signée etc…) Eventuellement (mais ça n'a rien d'obligatoire), les marques du banc d'épreuves (Liège, St-Etienne-France, Birmingham, Tchéquie etc…) Très opportunément, la description générale des cartes européennes d'armes à feu emploient les sigles suivants très explicites:

- F/CL/1: "Fusil à canon(s) lisse(s) à un coup par canon" (le fusil de chasse classique)
- F/CL/SA: "Fusil à canon lisse semi-automatique" (le fusil de chasse semi-automatique)
- F/CR/1: "Fusil à canon(s) rayé(s) à un coup par canon" (la carabine double, dite "express", par exemple)
- C/CR/R: "Carabine à canon rayé à répétition" (carabine à verrou, par exemple, ou à magasin tubulaire type Winchester…)
- C/CR/SA: "Carabine à canon rayé semiautomatique" (Type Remington .280, Bar Browning etc…)

(suite)

Evidemment, dans ce système très pratique (qu'il vous faudra peut-être expliquer à la Police!), un fusil mixte (par exemple cal.20 et 7x65 R, ou un drilling) devient F/CL/1 + F/CR/1, et le tour est joué, clair, net et précis! - une photocopie du permis de chasse en cours de validité 2006-2007 - une photocopie d'éventuels enregistrements antérieurs (modèles 9 ou carte européenne d'armes à feu) Toutefois, certains Services de Police exigent la présentation physique des armes dans leur bureau. Si tel est le cas, obéissez: vous ne pouvez pas vous y opposer. Evidemment, si vous en possédez une dizaine (le cas n'est pas exceptionnel) munissez-vous d'étuis et ne soyez pas surpris qu'on s'éloigne de vous sur le trottoir! En aucun cas n'acceptez la confiscation d'une arme ou son abandon, ni à la rendre "inapte au tir", sauf si par les dispositions anciennes ou nouvelles elle se trouvait prohibée (une express en .30-06 ou une carabine à verrou en 8 x 57, un fusil semi-automatique à 5 coups, par exemple; dans ces cas précis voyez d'abord un bon armurier: du .30- 06 on passe assez aisément au .30 Blaser, par exemple, qui n'est pas classé militaire, mais demandez quand même un devis de transformation et l'arme devra repasser au banc d'épreuves de Liège). Rassurez-vous cependant. La plupart des Services de Police se contentent de la description et de l'honorabilité du déclarant par le fait, au moins, de son permis de chasse incluant automatiquement un certificat "de bonne vie et mœurs". Offrez-leur éventuellement de contrôler chez vous, sur rendez-vous, les armes déclarées: ils seront souvent sensibles à cette marque de confiance. Et si vous possédez un coffre-fort où vous entreposez vos armes (sage précaution: on en vole beaucoup), ne dites surtout jamais où il se trouve chez vous, pas même aux Services de Police. N'oubliez pas non plus qu'un couteau de chasse classique est une arme de chasse dont le port et le transport sont soumis à des motifs légitimes. Ne laissez donc pas traîner l'engin dans le coffre de votre voiture: ce serait un délit (pour détention d'arme prohibée) en cas de contrôle en dehors des circonstances de la chasse. L'auteur de ces lignes, pris sur le fait, s'en mord encore les doigts. "Honteux et confus, le corbeau jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus" (La Fontaine, "Le corbeau et le renard")

1.b. Pour les armes de défense (pistolets, revolvers etc…) (pas les bombes anesthésiantes, aveuglantes, paralysantes etc… : elles sont prohibées), voire de guerre, il est laissé un petit privilège puisqu'il n'est pas exigé d'examen pratique particulièrement lourd. Le législateur a supposé que les chasseurs et les tireurs (qui ne sont pas plus à la fête: leur statut actuel est encore à déterminer définitivement) savent au moins ce qu'est une arme de quelque nature qu'elle soit. Il n'empêche. Même si vous êtes déjà en toute régularité détenteur d'une autorisation "modèle 4", vous devez recommencer la procédure et demander une nouvelle autorisation auprès du Gouverneur de Province qui jugera de la légitimité de votre demande. Faites plutôt appel au souvenir de famille qu'à la légitime défense ou à la protection de vos biens: ce n'est pas bien perçu par les Autorités. Et n'oubliez pas de joindre une copie de votre permis de chasse en cours de validité. Sachez aussi que si une nouvelle autorisation vous est accordée elle sera sujette à renouvellement alors qu'elle était auparavant à durée indéterminée (sauf délit, port illégitime etc…) Il pourrait se faire aussi qu'on vous interdise la possession de munitions correspondant à l'arme déclarée: une hypocrisie de plus, mais qu'y faire?

  1. Les anciens chasseurs ou leurs ayant-droits

C'est bien là que se manifeste le plus une juste colère. "Ainsi, vous voulez rendre 'inapte au tir', à mes frais en plus, mon fusil de chasse que j'ai promené pendant tant d'années? Vous refusez que je lègue à mes enfants un objet dont la valeur vénale ou au moins sentimentale est incontestable? Vous suggérez des taxes prochaines en plus, sans même en fixer le montant, annuel ou définitif! Et les œuvres d'art, les bijoux de famille, les meubles anciens, les collections de timbres ou autres… qui souvent valent bien plus, qu'est-ce que vous en faites? L'Amicale aurait pu tenir registre de griefs de ce genre, où les veuves surtout furent nombreuses et comment ne pas les comprendre, puisque souvent telle   ou telle arme pieusement conservée à la maison constitue un souvenir émouvant de leur être cher qui fut chasseur? C'est bien là que la loi du 8 juin s'est révélée d'une rare inconséquence. Le résultat le plus immédiat est un encouragement à la clandestinité systématique. Que vaudrait d'ailleurs encore un arme devenue "inapte au tir" par les "bienfaits" du Banc d'épreuves, quelle que soit la qualité de sa fabrication? Rien, tout simplement, sinon un assemblage de bois et de ferraille. C'est tellement inadmissible que c'est là que s'exercent le plus les recours de tous ordres, par le fait des associations ou de parlementaires (où les chasseurs actuels qui renonceraient à leur sport ne sont pas oubliés) Le mot spoliation fut plusieurs fois prononcé et il est adéquat Il est trop tôt malheureusement pour savoir ce qui en résultera. Là surtout le sursis du 30 juin 2007 est intervenu à point nommé.

Notre conseil est donc d'attendre, pour tout, puisque l'occasion nous est donnée. Pour les armes de chasse ou de tir, comme pour les armes de défense ou de guerre. Mais n'espérons pas des miracles. Les interventions qui se sont succédées depuis la publication de la nouvelle loi intéressent surtout les armes de chasse et de tir: les autres deviennent un peu maudites. Mais si vous possédez des armes à feu quelles qu'elles soient, vous êtes tenus un jour ou l'autre avant le 30 juin 2007 de demander une autorisation de détention par une requête adressée au Gouverneur de Province qui statuera, en exigeant peut-être, au minimum, que vous ne possédiez aucune munition adéquate, que vous soyez majeur, que vous n'ayez encouru aucune condamnation entraînant l'interdiction de possession d'une arme, qu'un certificat médical atteste de votre bonne santé mentale etc… Le tout pour un temps limité!

Parmi les nombreux appels reçus, il est des exemples véritablement touchants que nous répercuterons dans l'anonymat au cours des numéros suivants de notre périodique. Pour l'instant, il y a surtout urgence pour faire face à de nombreuses demandes d'aide.

L'Amicale reste à votre service. Vous pouvez lui faire appel de la manière suivante:

- par téléphone: le mardi ou le jeudi de 18 à 19h, au n° 069 671381

- de préférence par courriel (e-mail) à l'adresse a.h.allard@skynet.be

- par courrier postal: Professeur A.ALLARD, Quai Notre-Dame 27, 7500 TOURNAI

Une réponse rapide vous sera toujours assurée. N'hésitez pas à nous faire part des problèmes rencontrés, ni à nous demander des documents officiels explicatifs.

 

Professeur A.ALLARD
Membre conseiller ACRW