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regulation : le chien viverrin
Le chien viverrin est une espèce
invasive, notamment en Allemagne.
Si sa présence reste exceptionnelle chez nous, il connaît depuis
quelques années un développement phénoménal dans
l’Est de l’Allemagne.
Au point même d’entraîner
au fil des ans, une régression des populations de renards !
L’aire de répartition de cette espèce progresse doucement
mais sûrement d’Est en Ouest, tandis que les observations de chiens
viverrins se banalisent aux confins de nos frontières.

Le 23 janvier dernier, notre Ministre Benoît Lutgen
signait une circulaire relative à la régulation
d’espèces animales non indigènes (voir
notre revue n° 109 en pages 28 à 30). Depuis, celle-ci
est parue au Moniteur belge en date du 23 janvier. Voici donc
l’occasion de parler de quelques unes de ces espèces
non indigènes comme le chien viverrin. Le chien viverrin
est un mammifère carnivore (Nyctereutes procyonoides)
de la famille des canidés.
Son nom allemand est « Marderhund » (chien martre).
Il est également appelé familièrement « Enok ».
Les anglais et les Néerlandais lui ont donné un
nom plus proche de sa physionomie : respectivement « Racoon
dog » et « Wasbeerhond », ce qui signifie
littéralement chien raton laveur. Il est également
connu sous le nom japonais de « tanuki ».
A l’état naturel, l’espèce est originaire
d’Extrême Orient. Elle serait issue initialement
du continent américain, d’où elle a disparu,
et aurait gagné l’Asie à l’époque
glaciaire. Le chien viverrin a été introduit
en Russie d’Europe entre les années 1930 et 1950
afin de développer l’exploitation de sa fourrure.
Des fermes d’élevage ont même été créées
en Russie, les fourrures du « raton laveur de l’Oussouri » présentant
un certain intérêt commercial. De là, il
a progressivement étendu son aire de répartition
vers le nord, le centre et l’ouest de l’Europe,
colonisant notamment la Finlande, la Pologne et la Roumanie.
L’espèce connut alors une rapide expansion, ce
qui permet d’en trouver en Hongrie, en Autriche, en Allemagne,
en Suisse, en France et même en Belgique où on
en signala à partir de 2004 près de Florenville.
Le chien viverrin adulte pèse de 4 à 7,5 kg,
pour une longueur de 60 à 70 cm (queue de 20 à 25
cm), soit la taille approximative d’un renard. Bas sur
pattes, il a la silhouette d’un blaireau (hauteur 20
cm). Il porte une fourrure à dominante brungris très
abondante, qui accentue son aspect corpulent et bas sur pattes.
Son pelage jaune terreux mêlé de brun présente
des taches sombres autour des yeux, ce qui le fait ressembler
au raton laveur, tout comme ses oreilles arrondies et son museau
noir au poil court, cerné d’une collerette aux
longs poils plus clairs. Par rapport à un renard, la
queue est nettement plus courte et ronde. Les pattes sont fines
et noires, laissant au sol des traces similaires à celles
d’un teckel.
Le chien viverrin est un prédateur généraliste
et opportuniste. Il se nourrit de rongeurs, batraciens, insectes,
poissons, oeufs, oiseaux et charognes, mais aussi d’aliments
d’origine végétale : baies, fruits, champignons,
châtaignes, glands ou céréales en lait.
Il utilise fréquemment des terriers initialement creusés
par des blaireaux ou des renards, dans lesquels il élève
ses petits et se réfugie en hiver. Très discret,
le chien viverrin est un animal essentiellement nocturne, chassant
du crépuscule jusqu’à l’aube. Il
fréquente les paysages mixtes, composés de zones
boisées, plaines, haies et affectionne particulièrement
les milieux humides (roselières, lacs et cours d’eau).
Il vit en solitaire ou par couples et petits groupes familiaux.
Il miaule, gronde, mais n’aboie pas.
Le chien viverrin est le seul représentant des canidés à connaître
une phase de repos hivernal (semi-léthargie). Après
un automne consacré à l’accumulation de
réserves graisseuses, il entre en repos de décembre à février.
Si les températures sont douces, il peut interrompre
son sommeil et se remettre en chasse. Si les températures
ne descendent pas en dessous des moins cinq degrés,
ils peuvent rester actifs ou ne s’endormir que pour quelques
jours.
Le rut a lieu durant les mois de février et mars. Il
est suivi d’une gestation d’environ deux mois,
au terme de laquelle naissent de six à douze petits,
aveugles et sans défense. Mâle et femelle prodiguent
leurs soins aux nouveau-nés. Les jeunes quitteront définitivement
le terrier au bout de six mois pour rechercher de nouveaux
territoires.
Discret par nature, le chien viverrin
se laisse rarement apercevoir le jour. Les prélèvements sont principalement
effectués à l’affût à l’aube,
au crépuscule ou de nuit à la pleine lune lorsque
la chasse est ainsi autorisée. En battue, hors de son
terrier, il se révèle relativement vulnérable
face aux chiens des traqueurs. Enfin, en matière de
piégeage, la cagepiège constitue le mode de capture
le plus efficace.
Il apparaît en tout cas que la chasse ne constitue pas
une barrière à la conquête territoriale
de ce canidé, mais qu’elle représente simplement
un facteur de régulation lorsque les populations croissent
démesurément.
La colonisation
La densité observée dans l’Est de l’Allemagne
est de quatre animaux aux cent hectares. L’espèce
n’est pas territoriale de manière stricte et peut
entreprendre de grands déplacements. Un individu marqué en
Ukraine a été tué en Pologne à quelques
400 kilomètres du lieu de capture. La colonisation géographique
passe par une étape de dispersion à faibles effectifs,
suivie d’une phase de conquête intensive. Ce développement
reste très rapide à l’échelle écologique,
puisqu’il se déroule sur une période de
20 à 30 ans. En ex-Allemagne de l’Est, le premier
spécimen a été observé en 1960
et les prélèvements n’ont connu une croissance
significative qu’à partir des années 1990.
En 2004, les prises cynégétiques de chien viverrin étaient
de 18.000 individus. Ce développement connaît
actuellement une phase exponentielle. A l’instar de ce
qui a été constaté lors de telles progressions
dans d’autres pays d’Europe centrale, le développement
du chien viverrin peut entraîner une régression
des espèces concurrentes autochtones que sont le renard,
le blaireau mais également la martre, la fouine, le
putois. Dans les Land du Mecklembourg et de Brandebourg, la
comparaison des tableaux de chasse de renards et de chiens
viverrins est particulièrement significative.
Désormais, l’espèce a atteint les Pays-Bas
(Zuid-Limbourg), où plusieurs individus ont été tués
lors de collisions automobiles. En 2003 en Suisse, un chien
viverrin a été renversé par une voiture
dans le Jura Suisse, tandis qu’un autre animal était
tué par un chasseur dans le Canton d’Uri. En France,
des observations déjà assez anciennes ont eu
lieu notamment en 1979 (Aisne) et une capture en 1999 dans
les Vosges. Enfin, en Belgique, un spécimen a été aperçu à plusieurs
reprises en 2004 à Muno (Florenville).
L’expansion de l’espèce en Europe ainsi
que le nombre d’observations à nos frontières
laissent supposer que le chien viverrin va conquérir à moyen
terme notre territoire. D’une manière générale,
l’espèce est considérée en Europe
comme peu désirable, dans la mesure où il s’agit
d’une espèce allochtone et introduite artificiellement
sur notre continent. Elle porte concurrence aux prédateurs
autochtones (renards, blaireaux). En terme de risque sanitaire,
le chien viverrin est un vecteur naturel de la rage et de l’échinococcose.
Des études menées de 1986 à 1996 en Lituanie
ont montré que l’espèce représentait
31 % des cas de rage recensés parmi les animaux sauvages.
L’espèce est généralement classée
nuisible en Europe et notamment en France. Elle est chassable
toute l’année en Suisse et en Allemagne. Chez
nous elle est tirable ! Ceci par un chasseur lorsqu’il
se trouve en action de chasse sur un territoire où il
possède le droit de chasse. Mais aussi par un garde
champêtre particulier sur le territoire pour lequel il
est commissionné. Egalement par un occupant sur ses
biens ou sur ceux qu’il exploite dans le cas où le
chien viverrin porterait atteinte à ces biens et à condition
que l’occupant possède un permis de chasse valide.
Enfin par les fonctionnaires et préposés de la
Division Nature et Forêts dans les bois soumis au régime
forestier, dans les propriétés rurales domaniales
ainsi que dans les propriétés privées
lorsqu’ils sont requis par le propriétaire ou
l’ayant droit.
Compte tenu du modèle observé dans les pays
voisins, cette colonisation rapide à l’échelle
de la terre, mais lente à l’échelle d’une
vie de chasseur, est appelée à se dérouler
sur plusieurs décennies.
Cette réflexion sur l’avenir doit cependant être
assortie de deux réserves :
- la première est d’ordre écologique, à savoir,
est-ce que notre pays tempéré à dominante
océanique offre des conditions d’accueil aussi
attractives que l’Europe continentale, pour cet animal à forte
fourrure et semi-hibernant.
- La deuxième se rapporte aux voies d’accès.
Elles semblent aujourd’hui limitées aux Ardennes,
mais le Rhin va-t-il longtemps constituer une barrière
pour les animaux installés en Forêt Noire ?
Rendez-vous donc dans dix ou vingt ans,
pour faire un nouveau point sur l’installation de ce
nouvel arrivant fort entreprenant.
L.B.
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