Le sanglier (suite 5 de 8)
Evaluation de l'age des mâles par observation des défenses.
En résumé, retenez que :
lorsque je suis marcassin avant mes 6 mois, j’ai un groupe de trois dents au niveau des prémolaires.
- à 6 mois, je deviens une bête rousse. J’ai un groupe de 4 dents au niveau des prémolaires et molaires.
- lorsque je deviens une bête de compagnie, à 1 an, j’ai 5 dents.
- ragot ou ragote, à deux ans, un groupe de 6 dents a fait son apparition.
- à trois ans, toutes mes dents sont arrivées à table, c’est-à-dire au même niveau…ma dentition est complète.
Facile donc de déterminer l’âge d’un sanglier jusque trois ans….mais après ?
L’usure de mes dents sera le critère de détermination de mon âge, mais, cette fois, la précision va manquer et il faudra faire des coupes dans le cément d’une de mes dents au laboratoire, pour déterminer mon âge avec exactitude.
Si je suis un verrat, vous pourrez aussi vous baser sur mes défenses .
Les canines définitives sont apparues vers 7-8 mois en remplacement des canines de lait. Elles sont à pousse continue. Les canines inférieures, les défenses, poussent vers le haut et l’extérieur des gencives en s’incurvant vers l’arrière. Elles s’usent progressivement sur les grès. Affûtées par la mastication, les défenses deviennent rapidement des armes très efficaces et dissuasives, mais aussi, pour le sanglier, des outils précieux pour percer, trancher et tailler dans la végétation ou les fruits forestiers….
Or, l’usure des défenses est moins rapide que leur croissance. Ce phénomène sera utilisé pour estimer approximativement l’âge du verrat après trois ans même si la génétique peut influencer le critère. En effet, certaines lignées seront bien armées, alors que d’autres, à âge égal, le seront moins !
La longueur des défenses (1/3 dehors pour 2/3 dans la mâchoire ) sera bien sûr un premier critère d’âge.
En règle générale, les défenses sont apparentes hors des lèvres dès la 2 ème année.
A 2 ans 1/2 , elles ont la même longueur que les grès. A 3 1/2 ans, elles ont en moyenne 2 centimètres de plus que les grès. La longueur totale des défenses pourra atteindre plus de 20 cms pour une largueur de 25 mm et plus.
Le deuxième critère important pris en considération est la mesure de la longueur de la table d’usure ou table d’affûtage de la défense. Impossible bien sûr en cas d’anomalie comme chez le sanglier miré .
On peut considérer que le sanglier a autant d’années que de centimètres de table d’usure . Un exemple : une table d’affûtage de 7 à 8 cms correspondrait à un sanglier de 7 voire 8 ans !
Enfin, c’est surtout le rapport entre le diamètre de la base DB de la défense enchassée dans l’os de la mâchoire et le diamètre de cette même défense à la table d’usure DT qui nous renseignera le mieux sur l’âge de notre grand vieux sanglier.

Un rapport DB/DT de 1.8 correspond à un jeune animal de 1 an environ.
Un rapport DB/DT de 1.2 correspond à un jeune animal de 4 an environ.
Un rapport DB/DT de 1.0 correspond à un jeune animal de 8 an environ.
Donc, moins la conicité est importante sur la dent et plus l’animal est âgé ! ! ! ! ! !
En résumé, une différence de 5 millimètres et plus entre les deux diamètres correspond à un jeune verrat,
Deux à trois millimètres correspondent à un quartannier. Notre vieux sanglier a des défenses dont le diamètre est quasi identique aux deux mesures !
Les organes du sanglier….un peu d’anatomie
Retenez surtout la position spéciale de la colonne vertébrale, à concavité très prononcée vers le bas au niveau de l’épaule. Les balles d’apophyse ne sont pas rares et laissent souvent un arrière-goût d’amertume quand le sanglier, après s’être effondré, se relève et part au triple galop !

La vie sociale et l’utilisation de l’espace.
Le sanglier est une espèce grégaire par définition. Ils vivent en groupe .
La structure sociale de base est matriarcale . Elle se compose de la laie adulte et de ses jeunes des deux dernières portées. Ceux-ci sont des marcassins ou des bêtes rousses que viennent rejoindre les jeunes de l’année précédente, les bêtes de compagnie.
A ce groupe familial classique qui forme déjà à lui
seul une compagnie, base de l’organisation sociale
des sangliers, viennent parfois s’ajouter des laies sans progéniture
ou d’autres groupes familiaux classiques. Ensemble, ils forment
une bande de sangliers.
La bande est menée par une laie adulte ayant progéniture. C’est la laie meneuse ou laie de tête.
Deux laies de force et de caractère égal ne cohabitent jamais ensemble dans la même bande. Chacune formera sa propre compagnie.
Ne pas confondre avec le terme laie suitée, un autre groupement qu’on pourra rencontrer à la chasse. Cette fois, il s’agit d’une laie adulte accompagnée uniquement de sa progéniture de la dernière portée, marcassins ou déjà jeunes bêtes rousses.
Un autre type de groupement qu’on pourra rencontrer à la chasse est le petit groupe de bêtes rousses, jamais bien loin de la laie qui s’est isolée pour mettre bas. Ces bêtes rousses ne réintègrent la cellule familiale que 4 mois plus tard, la laie ne leur autorisant pas l’accès au groupe avant que ses jeunes marcassins ne soient sevrés. Ces bêtes rousses deviennent alors de jeunes bêtes de compagnie.
Des petits groupes de mâles vont se former à l’approche des mise-bas. Ces mâles ont approximativement 2 ans. Encore une fois, la laie s’est isolée pour mettre au monde ses petits marcassins. Les bêtes rousses se sont éloignées. Les bêtes de compagnie vont, cette fois, quitter définitivement la cellule familiale. Ce sera surtout vrai pour les mâles. Ils deviennent des ragots et se rassemblent en petits groupes. Les laies ragotes, elles, pubères, sont fécondées par un verrat. Elles s’isolent pour la mise-bas. Après un bon mois, elles se regroupent ensemble, souvent avec leurs propres sœurs et leur mère pour élever les marcassins.
Parfois, les mâles séparés du groupe familial éprouvent de la nostalgie et réintègrent la famille pour quelques mois.
Enfin, les mâles adultes, âgés de 4 ou 5 ans, vivent en solitaire, parfois accompagnés d’un plus jeune mâle de 2 à 3 ans, le page. (pour le cerf, ce chevalier servant s’appelle un écuyer )
Le domaine vital du sanglier.
Le domaine vital des laies suitées se situe entre 500 et 2.000 hectares. Sur cet espace vital, les bauges et les souilles sont très régulièrement fréquentées par les mêmes individus, ainsi que les différents points de nourriture.
Les verrats adultes se déplacent plus volontiers, sans pour autant être nomades. Les déplacements seront surtout marqués l’hiver et lors du rut. Le domaine vital d’un mâle varie de 1.500 à 10.000 hectares.
On comprend, dès lors, que la gestion de l’espèce ne peut se concevoir que sur des territoires ou des massifs forestiers de plusieurs milliers d’hectares et non sur 100 ou 200 hectares.
Sans être un nomade, il peut parfois parcourir 30 à 40 kms en une nuit, surtout si disette et dérangement sont les mobiles de son errance.
L’habitat du sanglier.
Bien qu’il puisse vivre à peu près n’importe où, notre sanglier préfère les grands massifs forestiers des Ardennes et de l’Entre-Sambre et Meuse. Les grands massifs forestiers, peu fréquentés et où règne pour lui la quiétude, avec de nombreuses remises faites de fourrés épais de ronces et d’arbustes est le biotope idéal .
Il s’adapte aussi aux maquis, à la garrigue, ainsi qu’aux
marais ou aux plaines de cultures parsemées de boqueteaux calmes
et épais. Il n’aime pas les grandes forêts clairsemées.
Si le biotope, la quiétude et les ressources alimentaires sont indispensables sur un territoire pour tenir du sanglier, il faut encore y ajouter un élément vital : L’EAU.
Celle-ci est indispensable pour boire, mais surtout pour se souiller. Le sanglier est d’ailleurs un excellent nageur.
Le manque d’eau, un sol trop caillouteux, un gel trop intense et trop long empêchant le sanglier en quête de nourriture de fouiller le sol et de se souiller, seront les facteurs limitants majeurs à l’implantation du sanglier dans un territoire. En montagne, il ne dépasse guère la limite des arbres et n’aime pas les parois escarpées.

