Le faisan de Colchide et le faisan “commun”
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La croissance continue à grands pas. A 2 mois, il pèse un demi kilo et les jeunes coqs voient apparaître les premières couleurs de leur beau plumage. Il faudra quand même attendre 4 et 5 mois pour que le plumage adulte soit complet. On dit des jeunes coqs qu’ils sont “maillés”.
Durant tout l’été, alors que nos faisandeaux grandissent très vite, la poule assure, seule, la protection de la cellule familiale. Les “compagnies” de faisans rencontrées alors sont uniquement constituées de la poule faisane et ses jeunes de l’année. Les liens de cette compagnie sont moins étroits que ceux d’une compagnie de perdrix grises !
A la fin de l’été, lors d’une
bonne reproduction,
le gestionnaire de chasse pourra
apercevoir des compagnies de 6 à 8
faisans. Attention, dès l’approche de l’automne et la
chasse, ces compagnies
sont déjà dissoutes, contrairement à celles
des perdrix qui ne seront dissoutes
qu’en hiver. Les petits groupes de faisans
rencontrés l’hiver n’ont vraisemblablement
plus rien à voir avec les compagnies
de l’été.
Le biotope et le mode de vie du faisan
laissent peu de possibilités au bon gestionnaire
de chasse pour effectuer un
comptage précis d’une population naturelle
sur un territoire donné. Si la gestion
peut s’envisager sur un espace plus
restreint que pour la perdrix grise ( 100 à
200 ha ), un comptage de printemps et
une estimation de la reproduction s’avèrent,
cette fois, très difficiles.
Pour apprécier la densité des faisans
d’un territoire, le chasseur devra écouter
et observer le chant des coqs lors de la
délimitation des territoires au printemps.
Il tentera de faire un comptage
de ces coqs “au perché”, le soir en écoutant
leur chant particulier au moment
de s’installer sur une branche d’arbre
pour y passer la nuit.
J’avais oublié de vous signaler
que la plupart
des faisans “naturels” passent la
nuit dans les branches d’un arbre, haut
perchés… sécurité oblige…contrairement
à la perdrix grise qui, rassemblée en
compagnie, passe la nuit au sol.
Le comptage des poules s’avère nettement plus aléatoire.
L’observation au sol, dans les hautes herbes
ou au pied des arbres, des poulaillers
( endroit où le faisan a passé la nuit ) et
de leurs fientes caractéristiques, molles
l’été, plus dures en hiver, petits vermicules
de +/- 2 cm de long pour 0.5 cm de
diamètre et de couleur brun verdâtre à
noir mélangé de blanc comme de la
craie, renseigne encore sur la présence
du faisan.
L’observation minutieuse des compagnies
en été, au hasard des rencontres en
bordure de chemin, sera le seul indice
d’une certaine réussite de la reproduction.
A l’ouverture de la chasse, les faisans
nés
dans l’année sont identiques aux adultes
par leur poids et le plumage, sauf
peut être, ceux nés d’un recoquetage.
S’il est facile, cette fois, de distinguer à
l’envol le coq d’une poule, impossible de
distinguer un jeune coq d’un adulte, ni
une jeune poule faisane d’une de plus
d’un an. Il n’en reste pas moins
indispensable de connaître le taux de
réussite de la reproduction pour envisager
le prélèvement quantitatif à effectuer
au cours de la saison de chasse. Ce
prélèvement ne peut en aucun cas être
aléatoire.
Encore une fois, comme bien souvent, la
lecture des premiers tableaux de chasse
sera déterminante. Elle reste le meilleur
moyen d’apprécier le taux de reproduction.
Comment le gestionnaire de chasse peut-il faire la distinction entre jeune et adulte de plus d’un an, tant chez les coqs que les poules ?
L’examen des premières rémiges externes est déterminant pour la perdrix grise. Chez le faisan, cet examen n’est d’aucune utilité. La première rémige a repoussé vers la 15ème semaine, la deuxième vers la 13ème semaine…. L’examen des rémiges n’a d’utilité que pour connaître l’âge des jeunes faisans que vous achetez en vue d’un repeuplement.
La determination de l’age des faisans
Vous lirez souvent que le jeune coq de
l’année présente aux pattes des ergots
de moins d’un cm de long. ( en moyenne
5 à 8 mm ) Les adultes de plus d’un an
sont armés, eux, d’ergots plus longs. Se
baser uniquement sur la longueur des
ergots n’est, à mon sens, pas suffisant.
L’aspect des ergots est aussi très important.
Les coqs adultes sont pourvus d’ergots
certes plus longs, mais aussi pointus
et légèrement recourbés. En étant
plus attentif, des anneaux de croissance
sont visibles à leur base. Leur nombre
pourrait représenter approximativement
l’âge du coq en années !
Déterminer l’âge d’une
poule faisane n’a
rien de mystérieux pour qui veut
apprendre ! Oublions le coloris du plumage
et le vieil “on dit” qui voudraient
qu’une jeune poule soit claire et son
aînée plus foncée, voire quasi noire !!!
L’examen de la dureté du bec peut, certes,
vous renseigner… mais le critère n’est
guère fiable. Pas plus que la couleur des
pattes !
Dans la partie supérieure du cloaque de
la poule faisane ( l’orifice par lequel sont éliminées les déjections,
mais aussi par lequel la poule pond ses oeufs ), existe un
organe spécial : la bourse de Fabricius. Le
rôle de la bourse de Fabricius est essentiellement
immunitaire. Si vous préférez,
cet organe permet de garder le
cloaque “propre” pour éviter sa contamination
par des germes pathogènes.
Cette réflexion ne représente peut être
pas parfaitement la réalité scientifique,
mais permettra au lecteur profane de
mieux comprendre la suite.
Les jeunes animaux ont besoin d’un système
de défense particulièrement développé
( le système immunitaire entre
autre ) pour résister aux agressions des
multiples agents pathogènes que sont
les virus, bactéries ou parasites en tout
genre. Leurs différents organes de
défense sont anatomiquement bien
développés, comme le thymus ou encore
cette fameuse bourse de Fabricius. Au fil
du temps, ces organes, après avoir bien
rempli leur fonction, diminuent de taille,
s’atrophient et parfois disparaissent.
En introduisant une allumette par le
cloaque de la poule dans l’orifice de cette “glande”,
vous pouvez, sans forcer, en déterminer la profondeur. Bien développée
chez une jeune poule de l’année,
vous pourrez y faire pénétrer jusqu’à 2
cm de votre allumette. Une poule de
plus d’un an sera facilement identifiée
par cette méthode. La profondeur de sa
bourse de Fabricius s’est réduite de plus
de la moitié…
Plus âgée encore, l’orifice de cette bourse ne vous permet plus l’introduction de l’allumette ou est même devenu inexistant, car complètement refermé !!!
Demandez à un chasseur expérimenté.
Il vous montrera volontiers, c’est très
facile…et le seul moyen de faire la distinction
entre une poule de l’année et
une plus âgée.
L’examen du tableau de chasse ainsi effectué permet d’évaluer objectivement la réussite de la reproduction d’une population naturelle de faisans.
Une mauvaise année de reproduction voit le nombre des jeunes identique ou inférieur aux adultes. Les prélèvements seront alors minimum. Mieux vaut s’abstenir de tirer du faisan lors de la saison de chasse.
Lors d’une bonne année, le rapport sera d’environ trois jeunes pour un adulte, tous sexes confondus. Le plan de tir permet cette année-là un prélèvement de 30 à 40 % de la population présente à l’ouverture de la chasse avec un ratio de 2/3 de coqs et 1/3 de poules.

Les ratios de tir doivent présenter 2/3 de coqs et 1/3 de poules.
(photo : Jean-Marie Watrin)
Certains trouveront ces chiffres trop faibles ! Qu’ils n’oublient pas que les mortalités hivernales et toutes celles liées aux accidents, à la prédation ou aux maladies viendront obligatoirement s’ajouter aux prélèvements de la chasse. Lors d’un hiver rigoureux, 20% des faisans présents sur le territoire après la chasse peuvent périr par manque de nourriture, un froid prolongé, la neige… et la prédation. Au printemps suivant, la vulnérabilité des poules sur le nid pourra faire baisser leur nombre de 25 à 30 %. En cause, les techniques agricoles, fauchaison, ensilage, fenaison, pulvérisations… et encore la prédation !
Une chasse au faisan “commun” naturel ne peut se concevoir qu’avec une gestion minutieuse du territoire toute l’année et des prélèvements raisonnés. Vous pouvez trouver de magnifiques exemples en Wallonie…
Si l’aventure vous tente, après avoir aménagé le territoire pour améliorer le milieu d’accueil des faisans et approcher sensiblement du biotope idéal, il faudra repeupler massivement le territoire, une seule fois… et oublier de le chasser deux ou trois années de suite !
Attention aux lâchers de repeuplement,
les faisans doivent être sains et exempts
de toute maladie.
Si le faisan “naturel” est, en général, très
résistant aux maladies… il n’en est pas
de même pour le faisan d’élevage !
Beaucoup plus sensible aux maladies
parasitaires qu’aux maladies infectieuses,
contrairement à la perdrix grise, le
gestionnaire de chasse portera une
attention toute particulière à l’état de
santé des animaux destinés au repeuplement.
La saga des maladies du petit
gibier vous aide à reconnaître les premiers
signes d’un problème parasitaire
ou infectieux, sans pour autant inciter à
faire de l’automédication. Le rôle du
vétérinaire reste essentiel pour la prescription
d’un traitement.
Etienne Guerriat

